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Leçon 1 : Rappel sur les fondamentaux de l'analyse microéconomique Fichier Leçon 1: Rappels sur les fondamentaux de l'analyse microéconomique
<div style="background:#fffaf0;border:1px solid #ead7a1;border-radius:10px;padding:1.2rem;">
  <h4 style="margin-top:0;color:#8a6415;">Risque</h4>
  <p style="margin-bottom:.6rem;"><strong>Définition :</strong> situation dans laquelle le décideur connaît les probabilités associées aux différents événements possibles.</p>
  <p style="margin:0;"><strong>Exemples :</strong> jeu de dés, assurance ou investissement financier.</p>
</div>
<div style="background:white;padding:1rem;margin-bottom:1rem;border-radius:8px;border-left:4px solid #00a8cc;">
  <p><strong>Question 1.</strong> Dans une situation d’incertitude, le décideur :</p>
  <p>☐ A. connaît toutes les probabilités.</p>
  <p>☐ B. ne connaît pas les probabilités des événements futurs.</p>
  <p>☐ C. connaît avec certitude le résultat final.</p>
  <div style="margin-top:.8rem;padding:.7rem;background:#eef7fb;border-radius:6px;"><strong>Réponse correcte :</strong> B<br><strong>Explication :</strong> L’incertitude correspond précisément à une situation où les probabilités associées aux événements futurs ne sont pas connues.</div>
</div>

<div style="background:white;padding:1rem;margin-bottom:1rem;border-radius:8px;border-left:4px solid #00a8cc;">
  <p><strong>Question 2.</strong> Dans une situation de risque :</p>
  <p>☐ A. les probabilités sont connues.</p>
  <p>☐ B. aucune information n’est disponible.</p>
  <p>☐ C. les résultats sont certains.</p>
  <div style="margin-top:.8rem;padding:.7rem;background:#eef7fb;border-radius:6px;"><strong>Réponse correcte :</strong> A<br><strong>Explication :</strong> Le risque se caractérise par la connaissance des probabilités des différents événements possibles.</div>
</div>

<div style="background:white;padding:1rem;border-radius:8px;border-left:4px solid #00a8cc;">
  <p><strong>Question 3.</strong> Lequel correspond à un exemple de risque ?</p>
  <p>☐ A. L’entrée sur un nouveau marché sans information probabiliste.</p>
  <p>☐ B. Une innovation technologique sans probabilité connue.</p>
  <p>☐ C. Un jeu de dés dont les probabilités sont connues.</p>
  <div style="margin-top:.8rem;padding:.7rem;background:#eef7fb;border-radius:6px;"><strong>Réponse correcte :</strong> C<br><strong>Explication :</strong> Le jeu de dés figure parmi les exemples de situations de risque présentés dans la leçon.</div>
</div>
<div style="background:white;padding:1rem;margin-bottom:1rem;border-radius:8px;border-left:4px solid #00a8cc;">
  <p><strong>Question 1.</strong> Le critère de Wald correspond au :</p>
  <p>☐ A. Maximax</p>
  <p>☐ B. Maximin</p>
  <p>☐ C. Laplace</p>
  <div style="margin-top:.8rem;padding:.7rem;background:#eef7fb;border-radius:6px;"><strong>Réponse correcte :</strong> B<br><strong>Explication :</strong> Le critère de Wald est présenté comme le critère du maximin : on retient le meilleur des pires résultats.</div>
</div>

<div style="background:white;padding:1rem;margin-bottom:1rem;border-radius:8px;border-left:4px solid #00a8cc;">
  <p><strong>Question 2.</strong> Le critère maximax traduit principalement :</p>
  <p>☐ A. La prudence.</p>
  <p>☐ B. L’optimisme.</p>
  <p>☐ C. L’équiprobabilité.</p>
  <div style="margin-top:.8rem;padding:.7rem;background:#eef7fb;border-radius:6px;"><strong>Réponse correcte :</strong> B<br><strong>Explication :</strong> Le maximax consiste à retenir l’alternative dont le meilleur résultat est le plus élevé.</div>
</div>

<div style="background:white;padding:1rem;border-radius:8px;border-left:4px solid #00a8cc;">
  <p><strong>Question 3.</strong> Le critère de Laplace consiste à :</p>
  <p>☐ A. Supposer les probabilités égales entre les états.</p>
  <p>☐ B. Retenir uniquement le pire résultat.</p>
  <p>☐ C. Minimiser le regret maximal.</p>
  <div style="margin-top:.8rem;padding:.7rem;background:#eef7fb;border-radius:6px;"><strong>Réponse correcte :</strong> A<br><strong>Explication :</strong> Le critère de Laplace suppose une équiprobabilité des états et conduit à maximiser le gain moyen.</div>
</div>
<div style="background:white;padding:1rem;margin-bottom:1rem;border-radius:8px;border-left:4px solid #00a8cc;">
  <p><strong>Question 1.</strong> Lorsque les probabilités sont connues, le critère mobilisé dans cette leçon est :</p>
  <p>☐ A. Le maximin.</p>
  <p>☐ B. L’espérance d’utilité.</p>
  <p>☐ C. Le minimax du regret.</p>
  <div style="margin-top:.8rem;padding:.7rem;background:#eef7fb;border-radius:6px;"><strong>Réponse correcte :</strong> B<br><strong>Explication :</strong> En situation de risque, les probabilités connues permettent de calculer l’espérance d’utilité.</div>
</div>

<div style="background:white;padding:1rem;margin-bottom:1rem;border-radius:8px;border-left:4px solid #00a8cc;">
  <p><strong>Question 2.</strong> Dans la formule de l’espérance d’utilité, p<sub>j</sub> représente :</p>
  <p>☐ A. Le prix du bien.</p>
  <p>☐ B. La probabilité de l’état j.</p>
  <p>☐ C. Le niveau de satisfaction maximal.</p>
  <div style="margin-top:.8rem;padding:.7rem;background:#eef7fb;border-radius:6px;"><strong>Réponse correcte :</strong> B<br><strong>Explication :</strong> p<sub>j</sub> est la probabilité associée à l’état de la nature j.</div>
</div>

<div style="background:white;padding:1rem;border-radius:8px;border-left:4px solid #00a8cc;">
  <p><strong>Question 3.</strong> Selon la règle présentée, le décideur choisit :</p>
  <p>☐ A. L’alternative dont l’utilité minimale est la plus faible.</p>
  <p>☐ B. L’alternative dont l’espérance d’utilité est la plus élevée.</p>
  <p>☐ C. Toujours l’alternative A₁.</p>
  <div style="margin-top:.8rem;padding:.7rem;background:#eef7fb;border-radius:6px;"><strong>Réponse correcte :</strong> B<br><strong>Explication :</strong> La règle de décision consiste à retenir l’alternative présentant la plus forte espérance d’utilité.</div>
</div>
<div style="background:#f4f8fb;border:1px solid #dbe7ef;border-radius:10px;padding:1.2rem;">
  <h3 style="margin-top:0;color:#0f4c81;">Neutralité au risque</h3>
  <p><strong>Fonction :</strong> U(W) linéaire.</p>
  <p>Le décideur est indifférent entre un gain certain et une loterie équivalente ; la <strong>prime de risque est nulle</strong>.</p>
</div>

<div style="background:#fffaf0;border:1px solid #ead7a1;border-radius:10px;padding:1.2rem;">
  <h3 style="margin-top:0;color:#8a6415;">Recherche du risque</h3>
  <p><strong>Fonction :</strong> U(W) croissante et convexe.</p>
  <p>Le décideur préfère une loterie à un gain certain équivalent et sa <strong>prime de risque est négative</strong>.</p>
</div>
<div style="background:white;padding:1rem;margin-bottom:1rem;border-radius:8px;border-left:4px solid #00a8cc;">
  <p><strong>Question 1.</strong> Une fonction d’utilité croissante et concave traduit :</p>
  <p>☐ A. La recherche du risque.</p>
  <p>☐ B. La neutralité au risque.</p>
  <p>☐ C. L’aversion au risque.</p>
  <div style="margin-top:.8rem;padding:.7rem;background:#eef7fb;border-radius:6px;"><strong>Réponse correcte :</strong> C<br><strong>Explication :</strong> Dans la typologie présentée, une fonction croissante et concave correspond à l’aversion au risque.</div>
</div>

<div style="background:white;padding:1rem;margin-bottom:1rem;border-radius:8px;border-left:4px solid #00a8cc;">
  <p><strong>Question 2.</strong> Une fonction d’utilité linéaire correspond à :</p>
  <p>☐ A. L’aversion au risque.</p>
  <p>☐ B. La neutralité au risque.</p>
  <p>☐ C. La recherche du risque.</p>
  <div style="margin-top:.8rem;padding:.7rem;background:#eef7fb;border-radius:6px;"><strong>Réponse correcte :</strong> B<br><strong>Explication :</strong> La neutralité au risque est représentée par une fonction d’utilité linéaire.</div>
</div>

<div style="background:white;padding:1rem;border-radius:8px;border-left:4px solid #00a8cc;">
  <p><strong>Question 3.</strong> La prime de risque est négative pour :</p>
  <p>☐ A. L’aversion au risque.</p>
  <p>☐ B. La neutralité au risque.</p>
  <p>☐ C. La recherche du risque.</p>
  <div style="margin-top:.8rem;padding:.7rem;background:#eef7fb;border-radius:6px;"><strong>Réponse correcte :</strong> C<br><strong>Explication :</strong> Le tableau de synthèse associe une prime de risque négative à la recherche du risque.</div>
</div>
<div style="background:#f4f8fb;border:1px solid #dbe7ef;border-radius:10px;padding:1.2rem;">
  <h3 style="margin-top:0;color:#0f4c81;">📈 Investissement</h3>
  <p style="margin:0;">Le décideur peut arbitrer entre un placement sûr, caractérisé par un rendement certain faible, et un placement risqué offrant un rendement potentiellement plus élevé.</p>
</div>

<div style="background:#f4f8fb;border:1px solid #dbe7ef;border-radius:10px;padding:1.2rem;">
  <h3 style="margin-top:0;color:#0f4c81;">🚀 Lancement d’un produit</h3>
  <p style="margin:0;">Le résultat d’un nouveau produit peut dépendre d’un succès ou d’un échec avec des profits ou pertes différents.</p>
</div>
<div style="background:white;padding:1rem;margin-bottom:1rem;border-radius:8px;border-left:4px solid #00a8cc;">
  <p><strong>Question 1.</strong> Dans la situation présentée, l’assurance permet notamment :</p>
  <p>☐ A. D’éviter toute dépense.</p>
  <p>☐ B. De payer une prime certaine pour éviter une perte incertaine.</p>
  <p>☐ C. De garantir un rendement risqué.</p>
  <div style="margin-top:.8rem;padding:.7rem;background:#eef7fb;border-radius:6px;"><strong>Réponse correcte :</strong> B<br><strong>Explication :</strong> L’assurance est présentée comme un moyen de payer une prime certaine afin d’éviter une perte incertaine.</div>
</div>

<div style="background:white;padding:1rem;margin-bottom:1rem;border-radius:8px;border-left:4px solid #00a8cc;">
  <p><strong>Question 2.</strong> Un investissement risqué se distingue du placement sûr par :</p>
  <p>☐ A. L’absence de résultat possible.</p>
  <p>☐ B. Un rendement potentiellement plus élevé mais incertain.</p>
  <p>☐ C. Une absence totale de décision.</p>
  <div style="margin-top:.8rem;padding:.7rem;background:#eef7fb;border-radius:6px;"><strong>Réponse correcte :</strong> B<br><strong>Explication :</strong> Le plan distingue le placement sûr au rendement certain du placement risqué à rendement incertain mais potentiellement plus élevé.</div>
</div>

<div style="background:white;padding:1rem;border-radius:8px;border-left:4px solid #00a8cc;">
  <p><strong>Question 3.</strong> Le lancement d’un produit peut être considéré comme une décision soumise :</p>
  <p>☐ A. À un résultat certain.</p>
  <p>☐ B. À un succès ou un échec avec des profits ou pertes différents.</p>
  <p>☐ C. À une absence de conséquences économiques.</p>
  <div style="margin-top:.8rem;padding:.7rem;background:#eef7fb;border-radius:6px;"><strong>Réponse correcte :</strong> B<br><strong>Explication :</strong> Le résultat du lancement dépend du succès ou de l’échec du produit et des profits ou pertes correspondants.</div>
</div>
<div style="background:#f4f8fb;border:1px solid #dbe7ef;border-radius:10px;padding:1.2rem;">
  <h3 style="margin-top:0;color:#0f4c81;">Exercice 2 — Espérance d’utilité</h3>
  <p>Deux alternatives produisent des résultats différents selon deux états de la nature dont les probabilités sont connues. Construisez l’espérance d’utilité de chacune des alternatives et retenez celle qui présente la valeur la plus élevée.</p>
</div>

<div style="background:#f4f8fb;border:1px solid #dbe7ef;border-radius:10px;padding:1.2rem;">
  <h3 style="margin-top:0;color:#0f4c81;">Exercice 3 — Attitude face au risque</h3>
  <p>Associez chacune des formes suivantes de fonction d’utilité à une attitude : fonction croissante et concave, fonction linéaire, fonction croissante et convexe.</p>
</div>

URL Cours de microéconomie
Ce lien est un complément à la leçon 1. Il fait une révision de la microéconomie classique.

Page Leçon 1: fondamentaux
Chapitre 2

Les Principes de Base de la Théorie des Jeux

Microéconomie avancée — Semestre 3

i Introduction

Dans les marchés en pleine mutation que nous observons en Côte d'Ivoire — secteurs très concurrentiels (commerce de détail, transport urbain, distribution alimentaire) comme structures fortement concentrées (télécommunications, banques, cimenteries, brasseries, distribution de produits pétroliers) — les décisions d'une entreprise dépendent intimement des actions de ses concurrents. Fixer un prix, lancer une campagne publicitaire, ouvrir une nouvelle agence, baisser les tarifs d'un forfait Internet : aucune de ces décisions ne peut être pensée isolément. Chacune est une réponse anticipée à ce que les autres acteurs feront, et chacune sera elle-même anticipée par ces mêmes acteurs.

L'objectif général de cette leçon est donc d'analyser les interactions stratégiques et les comportements concurrentiels des entreprises à l'aide d'un cadre formel : la théorie des jeux. Développée à partir des années 1940 par John von Neumann et Oskar Morgenstern, puis profondément renouvelée par John Nash, cette théorie est aujourd'hui omniprésente en économie industrielle, en économie de la régulation, en commerce international, en finance et en économie publique.

Objectifs du chapitre

Objectif 1

Définir les concepts fondamentaux de la théorie des jeux (joueurs, stratégies, gains, forme normale).

Objectif 2

Distinguer rigoureusement les jeux coopératifs et non coopératifs.

Objectif 3

Identifier les stratégies strictement et faiblement dominantes ainsi que les stratégies dominées.

Objectif 4

Déterminer un (ou plusieurs) équilibre(s) de Nash en stratégies pures par la méthode des meilleures réponses.

Objectif 5

Discuter le dilemme du prisonnier, ainsi que ses applications économiques (guerre des prix, dépenses publicitaires, course aux subventions).

Objectif 6

Mobiliser ces outils sur des cas concrets tirés du contexte ivoirien et ouest-africain.

I Pourquoi la théorie des jeux ?

🎯 Objectif spécifique

Comprendre la nécessité d'un outil d'analyse des interactions stratégiques lorsque les décisions d'une entreprise dépendent des actions de ses concurrents.

La microéconomie standard analyse le comportement d'un agent isolé qui prend ses décisions face à des prix qu'il subit (preneur de prix). Cette approche est satisfaisante en concurrence pure et parfaite ou en monopole, mais elle devient inopérante dès lors que quelques agents seulement se partagent un marché. Lorsque MTN Côte d'Ivoire envisage de modifier le prix d'un forfait, sa décision n'a de sens que rapportée à la réaction probable d'Orange et de Moov. C'est exactement ce type de situation — où chacun anticipe les anticipations des autres — que la théorie des jeux modélise.

Née formellement avec l'ouvrage de John von Neumann et Oskar Morgenstern (1944), "Theory of Games and Economic Behavior", la théorie des jeux a connu une révolution avec les contributions de John Nash (1950, 1951), prix Nobel d'économie en 1994, qui a généralisé le concept d'équilibre à l'ensemble des jeux non coopératifs à somme non nulle. Depuis, ses applications se sont étendues bien au-delà de l'économie : sciences politiques, biologie évolutionniste, droit, informatique (algorithmes et IA), relations internationales.

📌 À retenir

La théorie des jeux est l'outil privilégié pour analyser les situations où les décisions des agents sont interdépendantes. Elle modélise des interactions stratégiques dans lesquelles chaque agent anticipe les réactions des autres avant d'agir.

Autoévaluation — Point I

Question 1. La théorie des jeux est particulièrement pertinente pour analyser :

☐ A. Les décisions d'un agent en concurrence pure et parfaite.

☐ B. Les décisions d'un monopoleur.

☐ C. Les interactions stratégiques entre quelques agents sur un marché.

☐ D. Les comportements d'achat d'un consommateur isolé.

Réponse correcte : C
Explication : La théorie des jeux est inopérante en concurrence pure et parfaite ou en monopole, mais elle est essentielle lorsque quelques agents se partagent un marché et que leurs décisions sont interdépendantes.

Question 2. Le premier ouvrage fondateur de la théorie des jeux a été publié en :

☐ A. 1950

☐ B. 1944

☐ C. 1994

☐ D. 1965

Réponse correcte : B
Explication : L'ouvrage de John von Neumann et Oskar Morgenstern, "Theory of Games and Economic Behavior", a été publié en 1944.

Question 3. John Nash a reçu le prix Nobel d'économie en :

☐ A. 1950

☐ B. 1951

☐ C. 1994

☐ D. 2005

Réponse correcte : C
Explication : John Nash a reçu le prix Nobel d'économie en 1994 pour ses contributions à la théorie des jeux non coopératifs.

II Les éléments constitutifs d'un jeu

🎯 Objectif spécifique

Identifier et définir les trois composantes essentielles de toute situation d'interaction stratégique : les joueurs, les stratégies et les gains.

Toute situation d'interaction stratégique peut être décrite par trois éléments :

2.2.1. Les joueurs

Les joueurs sont les décideurs rationnels qui participent au jeu : entreprises, consommateurs, États, syndicats, partis politiques. On note formellement l'ensemble des joueurs N = {1, 2, …, n}. Lorsque n = 2, on parle de jeu bilatéral ou duopole ; au-delà, de jeu multilatéral.

La rationalité des joueurs est une hypothèse forte : chaque joueur cherche à maximiser son gain compte tenu de ses anticipations sur le comportement des autres. Cette rationalité est même supposée commune : non seulement chaque joueur est rationnel, mais il sait que les autres le sont également, et il sait qu'ils savent qu'il sait, etc. Cette hypothèse de "connaissance commune de la rationalité" est fondamentale pour la cohérence du raisonnement stratégique.

2.2.2. Les stratégies

Une stratégie est un plan d'action complet : elle indique ce que le joueur fera dans toutes les situations possibles. L'ensemble des stratégies du joueur i est noté Sᵢ. Un profil de stratégies — c'est-à-dire l'ensemble des choix faits par tous les joueurs simultanément — est noté s = (s₁, s₂, …, sₙ).

On distinguera plus loin les stratégies pures (le joueur choisit une action de manière déterministe) des stratégies mixtes (le joueur choisit une distribution de probabilité sur ses actions). Pour cette leçon introductive, on se limite aux stratégies pures.

2.2.3. Les gains (ou paiements)

Le gain du joueur i est l'utilité (pour un consommateur) ou le profit (pour une entreprise) qu'il obtient lorsque le jeu se termine. Ce gain dépend non seulement de sa propre stratégie, mais de l'ensemble des stratégies choisies par tous les joueurs. On le note formellement : uᵢ(s₁, s₂, …, sₙ), ou de manière plus compacte uᵢ(sᵢ, s₋ᵢ), où s₋ᵢ représente les stratégies de tous les joueurs autres que i.

2.2.4. Représentation : la forme normale

Pour un jeu bilatéral à stratégies finies, on utilise habituellement la forme normale, c'est-à-dire la représentation matricielle : les lignes correspondent aux stratégies du joueur 1, les colonnes à celles du joueur 2, et chaque cellule contient le couple de gains (u₁, u₂).

📌 À retenir

Un jeu est décrit par trois éléments : (1) les joueurs (décideurs rationnels), (2) les stratégies (plans d'action), (3) les gains (résultats dépendant des stratégies de tous). La forme normale est la représentation matricielle des gains pour des jeux bilatéraux.

Autoévaluation — Point II

Question 1. L'ensemble des joueurs dans un jeu bilatéral est noté :

☐ A. N = {1}

☐ B. N = {1, 2}

☐ C. N = {1, 2, 3}

☐ D. N = {n}

Réponse correcte : B
Explication : Un jeu bilatéral (ou duopole) comporte deux joueurs, notés formellement N = {1, 2}.

Question 2. Dans la représentation en forme normale, les lignes correspondent :

☐ A. Aux stratégies du joueur 2.

☐ B. Aux gains du joueur 1.

☐ C. Aux stratégies du joueur 1.

☐ D. Aux gains du joueur 2.

Réponse correcte : C
Explication : Dans une matrice de forme normale, les lignes correspondent aux stratégies du joueur 1 et les colonnes aux stratégies du joueur 2.

Question 3. L'hypothèse de "connaissance commune de la rationalité" signifie que :

☐ A. Chaque joueur est rationnel, mais ignore la rationalité des autres.

☐ B. Chaque joueur est rationnel, et il sait que les autres le sont également, et cette connaissance est partagée par tous.

☐ C. Les joueurs ne peuvent pas anticiper les décisions des autres.

☐ D. La rationalité n'est pas nécessaire pour la théorie des jeux.

Réponse correcte : B
Explication : L'hypothèse de connaissance commune de la rationalité suppose que chaque joueur est rationnel, qu'il sait que les autres le sont, et qu'il sait qu'ils savent qu'il sait, etc.

III Jeux coopératifs et jeux non coopératifs

La distinction entre jeux coopératifs et non coopératifs n'est pas anodine : elle conditionne tout le cadre d'analyse.

Les jeux coopératifs supposent que les joueurs peuvent communiquer, négocier et conclure des contrats contraignants. Les engagements pris sont juridiquement exécutoires. Exemple : la formation d'un cartel formellement autorisé (rare aujourd'hui), une fusion-acquisition, une joint-venture entre deux brasseries pour la distribution conjointe d'une nouvelle marque.

Les jeux non coopératifs supposent qu'aucun engagement contraignant n'est possible. Les joueurs peuvent éventuellement échanger des informations, voire "se promettre" un comportement, mais aucune institution ne garantit le respect des promesses : ils peuvent "tricher". C'est le cadre privilégié de l'analyse moderne des marchés oligopolistiques, car la plupart des législations sur la concurrence (en Côte d'Ivoire comme dans l'UEMOA et l'OHADA) interdisent les ententes anticoncurrentielles : tout accord de cartel est donc, par construction, non exécutoire.

📌 À retenir

Dans les jeux coopératifs, les engagements sont exécutoires ; dans les jeux non coopératifs, aucun engagement contraignant n'est possible. L'analyse des oligopoles utilise principalement le cadre non coopératif, car les ententes sont illégales.

Autoévaluation — Point III

Question 1. Un jeu coopératif se caractérise par :

☐ A. L'absence de toute communication entre joueurs.

☐ B. La possibilité de conclure des contrats contraignants.

☐ C. L'impossibilité de négocier.

☐ D. L'absence de règles.

Réponse correcte : B
Explication : Les jeux coopératifs supposent que les joueurs peuvent négocier et conclure des contrats exécutoires.

Question 2. Les jeux non coopératifs sont privilégiés pour l'analyse des oligopoles car :

☐ A. Les ententes sont toujours autorisées.

☐ B. Les législations sur la concurrence interdisent les ententes anticoncurrentielles.

☐ C. Les entreprises préfèrent toujours coopérer.

☐ D. Les contrats sont toujours exécutoires.

Réponse correcte : B
Explication : En Côte d'Ivoire comme dans l'UEMOA et l'OHADA, les législations sur la concurrence interdisent les ententes anticoncurrentielles, rendant tout accord de cartel non exécutoire.

Question 3. Une fusion-acquisition entre deux entreprises est un exemple de :

☐ A. Jeu non coopératif.

☐ B. Jeu coopératif.

☐ C. Stratégie dominante.

☐ D. Dilemme du prisonnier.

Réponse correcte : B
Explication : Une fusion-acquisition est un accord contraignant entre entreprises, relevant donc du cadre des jeux coopératifs.

IV Stratégies dominantes et stratégies dominées

2.4.1. Définitions

Stratégie strictement dominante. Une stratégie sᵢ' est strictement dominante pour le joueur i si elle procure un gain strictement supérieur à toute autre stratégie sᵢ, et ce quelle que soit la stratégie choisie par les autres joueurs :

uᵢ(sᵢ', s₋ᵢ) > uᵢ(sᵢ, s₋ᵢ) pour tout s₋ᵢ et toute autre stratégie sᵢ.

Stratégie strictement dominée. Symétriquement, une stratégie sᵢ est strictement dominée s'il existe une autre stratégie qui lui est strictement supérieure dans tous les cas.

Principe fondamental : un joueur rationnel jouera toujours sa stratégie strictement dominante (si elle existe) et ne jouera jamais une stratégie strictement dominée.

2.4.2. Élimination itérée des stratégies strictement dominées

Lorsqu'aucun joueur ne dispose d'une stratégie dominante, on peut tout de même progresser dans la résolution du jeu par élimination itérée des stratégies strictement dominées :

  • Étape 1 : identifier toutes les stratégies strictement dominées pour chaque joueur et les éliminer.
  • Étape 2 : dans le jeu réduit qui en résulte, certaines stratégies qui n'étaient pas dominées peuvent le devenir. Les éliminer à leur tour.
  • Étape 3 : répéter le processus jusqu'à ce qu'aucune stratégie ne soit plus éliminable.

Si le jeu se réduit à un unique profil de stratégies, on dit qu'il est résoluble par dominance. Dans le cas contraire, il faut mobiliser un concept de solution plus puissant : l'équilibre de Nash.

📌 À retenir

Une stratégie strictement dominante est la meilleure pour un joueur, quelle que soit la stratégie des autres. L'élimination itérée des stratégies dominées permet de réduire progressivement le jeu jusqu'à une solution éventuelle.

Autoévaluation — Point IV

Question 1. Une stratégie strictement dominante est une stratégie qui :

☐ A. Est la meilleure uniquement si l'adversaire joue une stratégie spécifique.

☐ B. Procure un gain strictement supérieur quelle que soit la stratégie des autres joueurs.

☐ C. Est toujours dominée par une autre stratégie.

☐ D. N'est jamais choisie par un joueur rationnel.

Réponse correcte : B
Explication : Une stratégie strictement dominante est la meilleure pour le joueur, quel que soit le comportement des autres joueurs.

Question 2. L'élimination itérée des stratégies strictement dominées consiste à :

☐ A. Éliminer les stratégies les moins payantes pour tous les joueurs simultanément.

☐ B. Éliminer progressivement les stratégies dominées jusqu'à obtenir un jeu réduit.

☐ C. Ajouter des stratégies pour rendre le jeu plus complexe.

☐ D. Choisir la stratégie ayant le gain le plus élevé pour chaque joueur.

Réponse correcte : B
Explication : L'élimination itérée consiste à retirer successivement les stratégies dominées jusqu'à ce qu'il n'en reste plus.

Question 3. Un jeu résoluble par dominance est un jeu dans lequel :

☐ A. Il n'existe aucun équilibre de Nash.

☐ B. L'élimination itérée conduit à un unique profil de stratégies.

☐ C. Tous les joueurs ont une stratégie dominée.

☐ D. Les joueurs ne peuvent pas communiquer.

Réponse correcte : B
Explication : Un jeu est résoluble par dominance lorsque l'élimination itérée des stratégies dominées aboutit à un unique profil de stratégies.

V L'équilibre de Nash

2.5.1. Définition

Un équilibre de Nash est un profil de stratégie dans lequel aucun joueur n'a intérêt à modifier unilatéralement sa stratégie, compte tenu des stratégies choisies par les autres. Autrement dit, la stratégie de chaque joueur est sa meilleure réponse aux stratégies des autres.

Condition formelle. Un profil s* = (s₁*, s₂*, …, sₙ*) est un équilibre de Nash si, pour chaque joueur i et pour toute stratégie alternative sᵢ ∈ Sᵢ :

uᵢ(sᵢ*, s₋ᵢ*) ≥ uᵢ(sᵢ, s₋ᵢ*).

2.5.2. Interprétation

L'équilibre de Nash est un point d'auto-renforcement des anticipations : si chaque joueur anticipe que les autres joueront leur stratégie d'équilibre, alors la meilleure réponse de chacun est précisément de jouer sa propre stratégie d'équilibre. C'est en ce sens une situation "stable" : aucun joueur, agissant seul, n'a intérêt à dévier.

Attention à trois propriétés essentielles :

  • Un équilibre de Nash n'est pas nécessairement Pareto-optimal. Le dilemme du prisonnier en fournit l'illustration la plus célèbre.
  • Un jeu peut avoir plusieurs équilibres de Nash (cas des jeux de coordination, comme le jeu de la chasse au cerf).
  • Un jeu peut n'avoir aucun équilibre de Nash en stratégies pures (mais il en aura toujours en stratégies mixtes, par le théorème d'existence de Nash, 1950).

2.5.3. Méthode pratique des meilleures réponses

Pour trouver tous les équilibres de Nash en stratégies pures d'un jeu bilatéral présenté en forme normale, on procède comme suit :

  • Pour chaque colonne (chaque stratégie du joueur 2), souligner ou marquer le gain le plus élevé du joueur 1 dans cette colonne. C'est la meilleure réponse du joueur 1.
  • Pour chaque ligne (chaque stratégie du joueur 1), souligner ou marquer le gain le plus élevé du joueur 2 dans cette ligne. C'est la meilleure réponse du joueur 2.
  • Les cellules dans lesquelles les deux gains sont marqués correspondent aux équilibres de Nash en stratégies pures.
📌 À retenir

L'équilibre de Nash est une situation stable où aucun joueur ne peut améliorer son gain en modifiant unilatéralement sa stratégie. Il se détermine par la méthode des meilleures réponses. Il n'est pas toujours efficace au sens de Pareto.

Autoévaluation — Point V

Question 1. Dans un équilibre de Nash, chaque joueur :

☐ A. Peut améliorer son gain en changeant unilatéralement sa stratégie.

☐ B. Joue sa meilleure réponse compte tenu des stratégies des autres.

☐ C. Obtient toujours le gain le plus élevé possible.

☐ D. Est en position de domination sur les autres joueurs.

Réponse correcte : B
Explication : À l'équilibre de Nash, chaque joueur joue sa meilleure réponse à la stratégie des autres, et aucun n'a intérêt à dévier unilatéralement.

Question 2. La méthode des meilleures réponses consiste à :

☐ A. Choisir la stratégie qui maximise le gain total de tous les joueurs.

☐ B. Identifier les meilleures réponses de chaque joueur et trouver les cellules où elles coïncident.

☐ C. Éliminer les stratégies dominées.

☐ D. Calculer la moyenne des gains pour chaque joueur.

Réponse correcte : B
Explication : La méthode des meilleures réponses consiste à marquer les meilleures réponses de chaque joueur et à identifier les cellules où elles coïncident : ce sont les équilibres de Nash.

Question 3. Un équilibre de Nash est toujours :

☐ A. Pareto-optimal.

☐ B. Unique.

☐ C. Stable au sens où aucun joueur n'a intérêt à dévier unilatéralement.

☐ D. Dominant pour tous les joueurs.

Réponse correcte : C
Explication : Un équilibre de Nash est stable parce qu'aucun joueur, agissant seul, ne peut améliorer son gain. Il n'est pas nécessairement efficace au sens de Pareto ni unique.
📷 ZONE D'ILLUSTRATION

Insérer ici une représentation matricielle illustrant un jeu bilatéral avec les meilleures réponses marquées, permettant de visualiser la détermination des équilibres de Nash en stratégies pures. Cette illustration doit présenter un exemple concret de matrice de gains avec les soulignements des meilleures réponses de chaque joueur, conformément à la méthode exposée dans le cours.

VI Le dilemme du prisonnier et son application économique

2.6.1. Histoire et formulation classique

Le dilemme du prisonnier a été formulé par Merrill Flood et Melvin Dresher (1950) puis formalisé par Albert Tucker. Sa version originelle est judiciaire : deux suspects sont arrêtés et interrogés séparément. Chacun peut se taire (coopérer) ou dénoncer l'autre (trahir). S'ils se taisent tous les deux, ils écopent d'une peine légère ; s'ils se dénoncent mutuellement, d'une peine lourde ; si l'un trahit et l'autre se tait, le traître est libéré et le silencieux écope d'une peine très lourde.

La structure du jeu est telle que "trahir" est une stratégie strictement dominante pour chacun, ce qui conduit à l'équilibre (Trahir, Trahir), pourtant moins favorable pour les deux que (Se taire, Se taire). C'est l'illustration la plus pure du conflit entre rationalité individuelle et rationalité collective.

2.6.2. Application à l'oligopole : la guerre des prix en Côte d'Ivoire

Considérons deux entreprises de télécommunications opérant en Côte d'Ivoire (Entreprise A et Entreprise B) qui se partagent une part dominante du marché. Elles ont le choix entre maintenir des prix élevés (Coopération tacite) ou casser les prix pour conquérir des parts de marché (Trahison). La matrice des gains (profits annuels exprimés en milliards de FCFA) se présente comme suit :

Entreprise B : Prix élevé Entreprise B : Prix bas
Entreprise A : Prix élevé (10, 10) (2, 15)
Entreprise A : Prix bas (15, 2) (5, 5)

Lecture : le premier chiffre est le gain de l'Entreprise A, le second celui de l'Entreprise B.

Analyse stratégique pour l'Entreprise A :

  • Si B choisit "Prix élevé", A obtient 10 en choisissant "Prix élevé" et 15 en choisissant "Prix bas". A préfère donc "Prix bas".
  • Si B choisit "Prix bas", A obtient 2 en choisissant "Prix élevé" et 5 en choisissant "Prix bas". A préfère donc "Prix bas".

"Prix bas" est donc une stratégie strictement dominante pour A. Par symétrie, c'est également une stratégie strictement dominante pour B. L'unique équilibre de Nash du jeu est donc (Prix bas, Prix bas), avec des gains de (5, 5).

Le dilemme. Le profil (Prix élevé, Prix élevé) procurerait pourtant (10, 10), c'est-à-dire un gain strictement supérieur pour chacun. Cette situation Pareto-supérieure est inaccessible précisément parce que chacun, agissant rationnellement et de manière non coopérative, dévie unilatéralement vers "Prix bas". C'est la raison économique profonde pour laquelle les autorités de la concurrence sont réticentes aux ententes (qui rétabliraient (10, 10) au détriment du consommateur, qui paie ici l'équivalent du surplus de profit), et pour laquelle les entreprises elles-mêmes peinent à coordonner leurs prix sans contrat exécutoire.

2.6.3. Autres applications du dilemme du prisonnier

La structure du dilemme du prisonnier se retrouve dans de très nombreuses situations économiques :

  • Course aux dépenses publicitaires entre brasseries ou opérateurs téléphoniques : chacun a intérêt à dépenser plus que l'autre, ce qui conduit à un gonflement mutuel des dépenses sans gain de part de marché.
  • Course aux subventions entre États voisins pour attirer des investissements : chacun renchérit, mais l'investisseur final capte la rente.
  • Sur-pêche dans les zones de pêche partagées : chaque navire a intérêt à pêcher plus, conduisant à l'effondrement de la ressource (tragédie des communs).
  • Surenchères salariales entre clubs sportifs ou banques pour attirer les meilleurs talents.
📌 À retenir

Le dilemme du prisonnier illustre le conflit entre rationalité individuelle et collective. Dans un jeu non coopératif, les joueurs adoptent une stratégie dominante qui conduit à un équilibre sous-optimal pour tous, alors qu'une coopération mutuelle serait préférable. Cette structure se retrouve dans la guerre des prix, les dépenses publicitaires, la course aux subventions et la gestion des ressources communes.

Autoévaluation — Point VI

Question 1. Dans le dilemme du prisonnier, l'équilibre de Nash est :

☐ A. (Se taire, Se taire)

☐ B. (Trahir, Trahir)

☐ C. (Trahir, Se taire)

☐ D. (Se taire, Trahir)

Réponse correcte : B
Explication : "Trahir" est une stratégie strictement dominante pour chaque joueur, donc l'équilibre de Nash est (Trahir, Trahir), même si (Se taire, Se taire) serait Pareto-supérieur.

Question 2. Dans l'exemple de la guerre des prix en Côte d'Ivoire, l'équilibre de Nash est (Prix bas, Prix bas) car :

☐ A. Les entreprises préfèrent coopérer pour maximiser leurs profits.

☐ B. "Prix bas" est une stratégie strictement dominante pour chaque entreprise.

☐ C. Les autorités de la concurrence imposent les prix bas.

☐ D. Les consommateurs exigent des prix bas.

Réponse correcte : B
Explication : "Prix bas" est la meilleure réponse pour chaque entreprise, quelle que soit la stratégie de l'autre, ce qui en fait une stratégie strictement dominante.

Question 3. Le dilemme du prisonnier ne s'applique pas à la situation suivante :

☐ A. Course aux dépenses publicitaires entre opérateurs téléphoniques.

☐ B. Sur-pêche dans une zone de pêche partagée.

☐ C. Monopole d'État sur la distribution d'eau potable.

☐ D. Surenchères salariales entre banques pour attirer les meilleurs talents.

Réponse correcte : C
Explication : Le monopole d'État n'implique pas d'interaction stratégique entre concurrents, contrairement aux autres situations qui présentent une structure de dilemme du prisonnier.

VII Limites et extensions

La théorie des jeux non coopératifs telle que présentée ici suppose un jeu unique et simultané. Trois extensions principales relativisent les conclusions du dilemme du prisonnier :

  • Jeux répétés. Lorsque le même jeu est joué un grand nombre (potentiellement infini) de fois entre les mêmes joueurs, des stratégies de représailles (stratégie du tit-for-tat, "œil pour œil") permettent de soutenir la coopération à l'équilibre. C'est l'un des fondements théoriques des comportements de cartel tacite (folk theorem).
  • Jeux séquentiels. Lorsque les joueurs jouent l'un après l'autre, on utilise la représentation extensive (arbre de jeu) et le concept d'équilibre parfait en sous-jeux (Selten, 1965). Ce cadre permet d'étudier les engagements stratégiques et la crédibilité des menaces.
  • Jeux en information incomplète. Lorsque les joueurs ne connaissent pas parfaitement les caractéristiques (coûts, préférences) de leurs adversaires, on utilise le concept d'équilibre bayésien de Nash (Harsanyi, 1967-1968).

Ces extensions feront l'objet des leçons suivantes.

📌 À retenir

Les hypothèses de jeu unique et simultané peuvent être relâchées. Les jeux répétés permettent la coopération via des stratégies de représailles ; les jeux séquentiels analysent les engagements stratégiques ; les jeux en information incomplète intègrent l'incertitude sur les caractéristiques des adversaires.

Autoévaluation — Point VII

Question 1. Dans les jeux répétés, la coopération peut être soutenue par :

☐ A. L'absence de communication entre les joueurs.

☐ B. Des stratégies de représailles comme le tit-for-tat.

☐ C. L'impossibilité de répéter le jeu.

☐ D. L'absence de stratégies dominantes.

Réponse correcte : B
Explication : Les stratégies de représailles, comme le tit-for-tat ("œil pour œil"), permettent de maintenir la coopération dans les jeux répétés en sanctionnant les déviations.

Question 2. Le concept d'équilibre parfait en sous-jeux est utilisé dans le cadre :

☐ A. Des jeux simultanés.

☐ B. Des jeux séquentiels.

☐ C. Des jeux coopératifs.

☐ D. Des jeux à information complète uniquement.

Réponse correcte : B
Explication : L'équilibre parfait en sous-jeux est un concept utilisé pour les jeux séquentiels (représentation extensive), afin de garantir la crédibilité des engagements.

Question 3. L'équilibre bayésien de Nash est utilisé lorsque :

☐ A. Les joueurs jouent simultanément.

☐ B. Les joueurs ont une information incomplète sur les caractéristiques des autres.

☐ C. Le jeu est répété un nombre infini de fois.

☐ D. Les joueurs peuvent conclure des contrats exécutoires.

Réponse correcte : B
Explication : L'équilibre bayésien de Nash, développé par Harsanyi, modélise les situations où les joueurs ne connaissent pas parfaitement les caractéristiques (coûts, préférences) de leurs adversaires.

Synthèse du chapitre

🧠 L’essentiel à retenir

  • La théorie des jeux analyse les interactions stratégiques où les décisions des agents sont interdépendantes.
  • Un jeu est défini par ses joueurs (décideurs rationnels), leurs stratégies (plans d'action) et leurs gains (résultats).
  • Les jeux coopératifs supposent des contrats exécutoires ; les jeux non coopératifs excluent tout engagement contraignant.
  • Une stratégie strictement dominante est la meilleure pour un joueur, quelle que soit la stratégie des autres.
  • L'élimination itérée des stratégies dominées permet de résoudre certains jeux par dominance.
  • L'équilibre de Nash est une situation stable où aucun joueur n'a intérêt à dévier unilatéralement.
  • Le dilemme du prisonnier illustre le conflit entre rationalité individuelle et collective : l'équilibre est sous-optimal pour tous.
  • Les extensions (jeux répétés, séquentiels, information incomplète) enrichissent l'analyse.

Activité d’application

🎯 Consigne

Considérez deux brasseries en Côte d'Ivoire (Brasserie X et Brasserie Y) qui dominent le marché des bières. Chacune peut choisir entre une campagne publicitaire agressive ou une campagne publicitaire modérée. Les gains (profits en milliards de FCFA) sont les suivants :

Brasserie Y : Modérée Brasserie Y : Agressive
Brasserie X : Modérée (12, 12) (4, 18)
Brasserie X : Agressive (18, 4) (6, 6)

Questions :

  1. Déterminer la stratégie dominante pour chaque brasserie.
  2. Identifier l'équilibre de Nash du jeu.
  3. Expliquer pourquoi cette situation illustre un dilemme du prisonnier.
  4. Proposer une solution qui permettrait d'atteindre la situation Pareto-supérieure.

Corrigé : La stratégie dominante est "Agressive" pour chaque brasserie (18 > 12 si l'autre est modérée, 6 > 4 si l'autre est agressive). L'équilibre de Nash est (Agressive, Agressive) avec (6, 6). La situation (Modérée, Modérée) avec (12, 12) est Pareto-supérieure mais inaccessible sans coordination. La solution passe par un accord contraignant (jeu coopératif) ou par une répétition du jeu avec des stratégies de représailles.

💬 Question de réflexion

Comment les autorités de régulation (comme l'ARTCI en Côte d'Ivoire ou la Commission de la concurrence de l'UEMOA) peuvent-elles modifier la structure du jeu pour éviter l'équilibre sous-optimal du dilemme du prisonnier dans les secteurs stratégiques ? Quels instruments ont-elles à leur disposition pour favoriser la coopération entre entreprises sans nuire au bien-être des consommateurs ?

Références / Sources présentes dans le cours
  • Von Neumann, J. & Morgenstern, O. (1944), Theory of Games and Economic Behavior, Princeton University Press.
  • Nash, J. F. (1950), "Equilibrium points in n-person games", Proceedings of the National Academy of Sciences, 36(1), 48-49.
  • Nash, J. F. (1951), "Non-cooperative games", Annals of Mathematics, 54(2), 286-295.
  • Schelling, T. C. (1960), The Strategy of Conflict, Harvard University Press.
  • Gibbons, R. (1992), Game Theory for Applied Economists, Princeton University Press.
  • Osborne, M. J. (2004), An Introduction to Game Theory, Oxford University Press.
  • Fudenberg, D. & Tirole, J. (1991), Game Theory, MIT Press.
  • Tirole, J. (1988), The Theory of Industrial Organization, MIT Press.
  • Axelrod, R. (1984), The Evolution of Cooperation, Basic Books.
  • Yildizoglu, M. (2011), Introduction à la théorie des jeux, Dunod, coll. « Éco Sup », 2ᵉ édition.
  • Guerrien, B. (2002), La théorie des jeux, Economica, 3ᵉ édition.
  • Eber, N. (2018), Théorie des jeux, Dunod, coll. « Les Topos », 4ᵉ édition.
  • Umbhauer, G. (2017), Théorie des jeux appliquée à la gestion, Vuibert.
  • Rapports annuels de l'Autorité de régulation des télécommunications et des TIC de Côte d'Ivoire (ARTCI).
  • Publications de la Commission de la concurrence de l'UEMOA (uemoa.int).
Leçon 2: Application économique de la théorie des jeux Fichier Cliquez pour récupérer votre ressource d’apprentissage
Leçon 3 : Monopole et pouvoir de marché Fichier Cliquez pour récupérer votre ressource d’apprentissage
Leçon 4 : La concurrence oligopolistique Fichier Cliquez pour récupérer votre ressource d’apprentissage
Leçon 5 : La concurrence monopolistique Fichier Cliquez pour récupérer votre ressource d’apprentissage
Leçon 6 : Les biens collectifs et externalités Fichier Cliquez pour récupérer votre ressource d’apprentissage