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| Leçon 1 : Rappel sur les fondamentaux de l'analyse microéconomique | |
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Ce lien est un complément à la leçon 1. Il fait une révision de la microéconomie classique. |
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Chapitre 2
Les Principes de Base de la Théorie des JeuxMicroéconomie avancée — Semestre 3 i IntroductionDans les marchés en pleine mutation que nous observons en Côte d'Ivoire — secteurs très concurrentiels (commerce de détail, transport urbain, distribution alimentaire) comme structures fortement concentrées (télécommunications, banques, cimenteries, brasseries, distribution de produits pétroliers) — les décisions d'une entreprise dépendent intimement des actions de ses concurrents. Fixer un prix, lancer une campagne publicitaire, ouvrir une nouvelle agence, baisser les tarifs d'un forfait Internet : aucune de ces décisions ne peut être pensée isolément. Chacune est une réponse anticipée à ce que les autres acteurs feront, et chacune sera elle-même anticipée par ces mêmes acteurs. L'objectif général de cette leçon est donc d'analyser les interactions stratégiques et les comportements concurrentiels des entreprises à l'aide d'un cadre formel : la théorie des jeux. Développée à partir des années 1940 par John von Neumann et Oskar Morgenstern, puis profondément renouvelée par John Nash, cette théorie est aujourd'hui omniprésente en économie industrielle, en économie de la régulation, en commerce international, en finance et en économie publique. ✓ Objectifs du chapitre
Objectif 1
Définir les concepts fondamentaux de la théorie des jeux (joueurs, stratégies, gains, forme normale).
Objectif 2
Distinguer rigoureusement les jeux coopératifs et non coopératifs.
Objectif 3
Identifier les stratégies strictement et faiblement dominantes ainsi que les stratégies dominées.
Objectif 4
Déterminer un (ou plusieurs) équilibre(s) de Nash en stratégies pures par la méthode des meilleures réponses.
Objectif 5
Discuter le dilemme du prisonnier, ainsi que ses applications économiques (guerre des prix, dépenses publicitaires, course aux subventions).
Objectif 6
Mobiliser ces outils sur des cas concrets tirés du contexte ivoirien et ouest-africain. I Pourquoi la théorie des jeux ?
🎯 Objectif spécifique
Comprendre la nécessité d'un outil d'analyse des interactions stratégiques lorsque les décisions d'une entreprise dépendent des actions de ses concurrents. La microéconomie standard analyse le comportement d'un agent isolé qui prend ses décisions face à des prix qu'il subit (preneur de prix). Cette approche est satisfaisante en concurrence pure et parfaite ou en monopole, mais elle devient inopérante dès lors que quelques agents seulement se partagent un marché. Lorsque MTN Côte d'Ivoire envisage de modifier le prix d'un forfait, sa décision n'a de sens que rapportée à la réaction probable d'Orange et de Moov. C'est exactement ce type de situation — où chacun anticipe les anticipations des autres — que la théorie des jeux modélise. Née formellement avec l'ouvrage de John von Neumann et Oskar Morgenstern (1944), "Theory of Games and Economic Behavior", la théorie des jeux a connu une révolution avec les contributions de John Nash (1950, 1951), prix Nobel d'économie en 1994, qui a généralisé le concept d'équilibre à l'ensemble des jeux non coopératifs à somme non nulle. Depuis, ses applications se sont étendues bien au-delà de l'économie : sciences politiques, biologie évolutionniste, droit, informatique (algorithmes et IA), relations internationales.
📌 À retenir
La théorie des jeux est l'outil privilégié pour analyser les situations où les décisions des agents sont interdépendantes. Elle modélise des interactions stratégiques dans lesquelles chaque agent anticipe les réactions des autres avant d'agir.
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Autoévaluation — Point IQuestion 1. La théorie des jeux est particulièrement pertinente pour analyser : ☐ A. Les décisions d'un agent en concurrence pure et parfaite. ☐ B. Les décisions d'un monopoleur. ☐ C. Les interactions stratégiques entre quelques agents sur un marché. ☐ D. Les comportements d'achat d'un consommateur isolé.
Réponse correcte : C
Explication : La théorie des jeux est inopérante en concurrence pure et parfaite ou en monopole, mais elle est essentielle lorsque quelques agents se partagent un marché et que leurs décisions sont interdépendantes. Question 2. Le premier ouvrage fondateur de la théorie des jeux a été publié en : ☐ A. 1950 ☐ B. 1944 ☐ C. 1994 ☐ D. 1965
Réponse correcte : B
Explication : L'ouvrage de John von Neumann et Oskar Morgenstern, "Theory of Games and Economic Behavior", a été publié en 1944. Question 3. John Nash a reçu le prix Nobel d'économie en : ☐ A. 1950 ☐ B. 1951 ☐ C. 1994 ☐ D. 2005
Réponse correcte : C
Explication : John Nash a reçu le prix Nobel d'économie en 1994 pour ses contributions à la théorie des jeux non coopératifs. II Les éléments constitutifs d'un jeu
🎯 Objectif spécifique
Identifier et définir les trois composantes essentielles de toute situation d'interaction stratégique : les joueurs, les stratégies et les gains. Toute situation d'interaction stratégique peut être décrite par trois éléments : 2.2.1. Les joueursLes joueurs sont les décideurs rationnels qui participent au jeu : entreprises, consommateurs, États, syndicats, partis politiques. On note formellement l'ensemble des joueurs N = {1, 2, …, n}. Lorsque n = 2, on parle de jeu bilatéral ou duopole ; au-delà, de jeu multilatéral. La rationalité des joueurs est une hypothèse forte : chaque joueur cherche à maximiser son gain compte tenu de ses anticipations sur le comportement des autres. Cette rationalité est même supposée commune : non seulement chaque joueur est rationnel, mais il sait que les autres le sont également, et il sait qu'ils savent qu'il sait, etc. Cette hypothèse de "connaissance commune de la rationalité" est fondamentale pour la cohérence du raisonnement stratégique. 2.2.2. Les stratégiesUne stratégie est un plan d'action complet : elle indique ce que le joueur fera dans toutes les situations possibles. L'ensemble des stratégies du joueur i est noté Sᵢ. Un profil de stratégies — c'est-à-dire l'ensemble des choix faits par tous les joueurs simultanément — est noté s = (s₁, s₂, …, sₙ). On distinguera plus loin les stratégies pures (le joueur choisit une action de manière déterministe) des stratégies mixtes (le joueur choisit une distribution de probabilité sur ses actions). Pour cette leçon introductive, on se limite aux stratégies pures. 2.2.3. Les gains (ou paiements)Le gain du joueur i est l'utilité (pour un consommateur) ou le profit (pour une entreprise) qu'il obtient lorsque le jeu se termine. Ce gain dépend non seulement de sa propre stratégie, mais de l'ensemble des stratégies choisies par tous les joueurs. On le note formellement : uᵢ(s₁, s₂, …, sₙ), ou de manière plus compacte uᵢ(sᵢ, s₋ᵢ), où s₋ᵢ représente les stratégies de tous les joueurs autres que i. 2.2.4. Représentation : la forme normalePour un jeu bilatéral à stratégies finies, on utilise habituellement la forme normale, c'est-à-dire la représentation matricielle : les lignes correspondent aux stratégies du joueur 1, les colonnes à celles du joueur 2, et chaque cellule contient le couple de gains (u₁, u₂).
📌 À retenir
Un jeu est décrit par trois éléments : (1) les joueurs (décideurs rationnels), (2) les stratégies (plans d'action), (3) les gains (résultats dépendant des stratégies de tous). La forme normale est la représentation matricielle des gains pour des jeux bilatéraux.
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Autoévaluation — Point IIQuestion 1. L'ensemble des joueurs dans un jeu bilatéral est noté : ☐ A. N = {1} ☐ B. N = {1, 2} ☐ C. N = {1, 2, 3} ☐ D. N = {n}
Réponse correcte : B
Explication : Un jeu bilatéral (ou duopole) comporte deux joueurs, notés formellement N = {1, 2}. Question 2. Dans la représentation en forme normale, les lignes correspondent : ☐ A. Aux stratégies du joueur 2. ☐ B. Aux gains du joueur 1. ☐ C. Aux stratégies du joueur 1. ☐ D. Aux gains du joueur 2.
Réponse correcte : C
Explication : Dans une matrice de forme normale, les lignes correspondent aux stratégies du joueur 1 et les colonnes aux stratégies du joueur 2. Question 3. L'hypothèse de "connaissance commune de la rationalité" signifie que : ☐ A. Chaque joueur est rationnel, mais ignore la rationalité des autres. ☐ B. Chaque joueur est rationnel, et il sait que les autres le sont également, et cette connaissance est partagée par tous. ☐ C. Les joueurs ne peuvent pas anticiper les décisions des autres. ☐ D. La rationalité n'est pas nécessaire pour la théorie des jeux.
Réponse correcte : B
Explication : L'hypothèse de connaissance commune de la rationalité suppose que chaque joueur est rationnel, qu'il sait que les autres le sont, et qu'il sait qu'ils savent qu'il sait, etc. III Jeux coopératifs et jeux non coopératifsLa distinction entre jeux coopératifs et non coopératifs n'est pas anodine : elle conditionne tout le cadre d'analyse. Les jeux coopératifs supposent que les joueurs peuvent communiquer, négocier et conclure des contrats contraignants. Les engagements pris sont juridiquement exécutoires. Exemple : la formation d'un cartel formellement autorisé (rare aujourd'hui), une fusion-acquisition, une joint-venture entre deux brasseries pour la distribution conjointe d'une nouvelle marque. Les jeux non coopératifs supposent qu'aucun engagement contraignant n'est possible. Les joueurs peuvent éventuellement échanger des informations, voire "se promettre" un comportement, mais aucune institution ne garantit le respect des promesses : ils peuvent "tricher". C'est le cadre privilégié de l'analyse moderne des marchés oligopolistiques, car la plupart des législations sur la concurrence (en Côte d'Ivoire comme dans l'UEMOA et l'OHADA) interdisent les ententes anticoncurrentielles : tout accord de cartel est donc, par construction, non exécutoire.
📌 À retenir
Dans les jeux coopératifs, les engagements sont exécutoires ; dans les jeux non coopératifs, aucun engagement contraignant n'est possible. L'analyse des oligopoles utilise principalement le cadre non coopératif, car les ententes sont illégales.
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Autoévaluation — Point IIIQuestion 1. Un jeu coopératif se caractérise par : ☐ A. L'absence de toute communication entre joueurs. ☐ B. La possibilité de conclure des contrats contraignants. ☐ C. L'impossibilité de négocier. ☐ D. L'absence de règles.
Réponse correcte : B
Explication : Les jeux coopératifs supposent que les joueurs peuvent négocier et conclure des contrats exécutoires. Question 2. Les jeux non coopératifs sont privilégiés pour l'analyse des oligopoles car : ☐ A. Les ententes sont toujours autorisées. ☐ B. Les législations sur la concurrence interdisent les ententes anticoncurrentielles. ☐ C. Les entreprises préfèrent toujours coopérer. ☐ D. Les contrats sont toujours exécutoires.
Réponse correcte : B
Explication : En Côte d'Ivoire comme dans l'UEMOA et l'OHADA, les législations sur la concurrence interdisent les ententes anticoncurrentielles, rendant tout accord de cartel non exécutoire. Question 3. Une fusion-acquisition entre deux entreprises est un exemple de : ☐ A. Jeu non coopératif. ☐ B. Jeu coopératif. ☐ C. Stratégie dominante. ☐ D. Dilemme du prisonnier.
Réponse correcte : B
Explication : Une fusion-acquisition est un accord contraignant entre entreprises, relevant donc du cadre des jeux coopératifs. IV Stratégies dominantes et stratégies dominées2.4.1. DéfinitionsStratégie strictement dominante. Une stratégie sᵢ' est strictement dominante pour le joueur i si elle procure un gain strictement supérieur à toute autre stratégie sᵢ, et ce quelle que soit la stratégie choisie par les autres joueurs : uᵢ(sᵢ', s₋ᵢ) > uᵢ(sᵢ, s₋ᵢ) pour tout s₋ᵢ et toute autre stratégie sᵢ. Stratégie strictement dominée. Symétriquement, une stratégie sᵢ est strictement dominée s'il existe une autre stratégie qui lui est strictement supérieure dans tous les cas. Principe fondamental : un joueur rationnel jouera toujours sa stratégie strictement dominante (si elle existe) et ne jouera jamais une stratégie strictement dominée. 2.4.2. Élimination itérée des stratégies strictement dominéesLorsqu'aucun joueur ne dispose d'une stratégie dominante, on peut tout de même progresser dans la résolution du jeu par élimination itérée des stratégies strictement dominées :
Si le jeu se réduit à un unique profil de stratégies, on dit qu'il est résoluble par dominance. Dans le cas contraire, il faut mobiliser un concept de solution plus puissant : l'équilibre de Nash.
📌 À retenir
Une stratégie strictement dominante est la meilleure pour un joueur, quelle que soit la stratégie des autres. L'élimination itérée des stratégies dominées permet de réduire progressivement le jeu jusqu'à une solution éventuelle.
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Autoévaluation — Point IVQuestion 1. Une stratégie strictement dominante est une stratégie qui : ☐ A. Est la meilleure uniquement si l'adversaire joue une stratégie spécifique. ☐ B. Procure un gain strictement supérieur quelle que soit la stratégie des autres joueurs. ☐ C. Est toujours dominée par une autre stratégie. ☐ D. N'est jamais choisie par un joueur rationnel.
Réponse correcte : B
Explication : Une stratégie strictement dominante est la meilleure pour le joueur, quel que soit le comportement des autres joueurs. Question 2. L'élimination itérée des stratégies strictement dominées consiste à : ☐ A. Éliminer les stratégies les moins payantes pour tous les joueurs simultanément. ☐ B. Éliminer progressivement les stratégies dominées jusqu'à obtenir un jeu réduit. ☐ C. Ajouter des stratégies pour rendre le jeu plus complexe. ☐ D. Choisir la stratégie ayant le gain le plus élevé pour chaque joueur.
Réponse correcte : B
Explication : L'élimination itérée consiste à retirer successivement les stratégies dominées jusqu'à ce qu'il n'en reste plus. Question 3. Un jeu résoluble par dominance est un jeu dans lequel : ☐ A. Il n'existe aucun équilibre de Nash. ☐ B. L'élimination itérée conduit à un unique profil de stratégies. ☐ C. Tous les joueurs ont une stratégie dominée. ☐ D. Les joueurs ne peuvent pas communiquer.
Réponse correcte : B
Explication : Un jeu est résoluble par dominance lorsque l'élimination itérée des stratégies dominées aboutit à un unique profil de stratégies. V L'équilibre de Nash2.5.1. DéfinitionUn équilibre de Nash est un profil de stratégie dans lequel aucun joueur n'a intérêt à modifier unilatéralement sa stratégie, compte tenu des stratégies choisies par les autres. Autrement dit, la stratégie de chaque joueur est sa meilleure réponse aux stratégies des autres. Condition formelle. Un profil s* = (s₁*, s₂*, …, sₙ*) est un équilibre de Nash si, pour chaque joueur i et pour toute stratégie alternative sᵢ ∈ Sᵢ : uᵢ(sᵢ*, s₋ᵢ*) ≥ uᵢ(sᵢ, s₋ᵢ*). 2.5.2. InterprétationL'équilibre de Nash est un point d'auto-renforcement des anticipations : si chaque joueur anticipe que les autres joueront leur stratégie d'équilibre, alors la meilleure réponse de chacun est précisément de jouer sa propre stratégie d'équilibre. C'est en ce sens une situation "stable" : aucun joueur, agissant seul, n'a intérêt à dévier. Attention à trois propriétés essentielles :
2.5.3. Méthode pratique des meilleures réponsesPour trouver tous les équilibres de Nash en stratégies pures d'un jeu bilatéral présenté en forme normale, on procède comme suit :
📌 À retenir
L'équilibre de Nash est une situation stable où aucun joueur ne peut améliorer son gain en modifiant unilatéralement sa stratégie. Il se détermine par la méthode des meilleures réponses. Il n'est pas toujours efficace au sens de Pareto.
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Autoévaluation — Point VQuestion 1. Dans un équilibre de Nash, chaque joueur : ☐ A. Peut améliorer son gain en changeant unilatéralement sa stratégie. ☐ B. Joue sa meilleure réponse compte tenu des stratégies des autres. ☐ C. Obtient toujours le gain le plus élevé possible. ☐ D. Est en position de domination sur les autres joueurs.
Réponse correcte : B
Explication : À l'équilibre de Nash, chaque joueur joue sa meilleure réponse à la stratégie des autres, et aucun n'a intérêt à dévier unilatéralement. Question 2. La méthode des meilleures réponses consiste à : ☐ A. Choisir la stratégie qui maximise le gain total de tous les joueurs. ☐ B. Identifier les meilleures réponses de chaque joueur et trouver les cellules où elles coïncident. ☐ C. Éliminer les stratégies dominées. ☐ D. Calculer la moyenne des gains pour chaque joueur.
Réponse correcte : B
Explication : La méthode des meilleures réponses consiste à marquer les meilleures réponses de chaque joueur et à identifier les cellules où elles coïncident : ce sont les équilibres de Nash. Question 3. Un équilibre de Nash est toujours : ☐ A. Pareto-optimal. ☐ B. Unique. ☐ C. Stable au sens où aucun joueur n'a intérêt à dévier unilatéralement. ☐ D. Dominant pour tous les joueurs.
Réponse correcte : C
Explication : Un équilibre de Nash est stable parce qu'aucun joueur, agissant seul, ne peut améliorer son gain. Il n'est pas nécessairement efficace au sens de Pareto ni unique.
📷 ZONE D'ILLUSTRATION
Insérer ici une représentation matricielle illustrant un jeu bilatéral avec les meilleures réponses marquées, permettant de visualiser la détermination des équilibres de Nash en stratégies pures. Cette illustration doit présenter un exemple concret de matrice de gains avec les soulignements des meilleures réponses de chaque joueur, conformément à la méthode exposée dans le cours. VI Le dilemme du prisonnier et son application économique2.6.1. Histoire et formulation classiqueLe dilemme du prisonnier a été formulé par Merrill Flood et Melvin Dresher (1950) puis formalisé par Albert Tucker. Sa version originelle est judiciaire : deux suspects sont arrêtés et interrogés séparément. Chacun peut se taire (coopérer) ou dénoncer l'autre (trahir). S'ils se taisent tous les deux, ils écopent d'une peine légère ; s'ils se dénoncent mutuellement, d'une peine lourde ; si l'un trahit et l'autre se tait, le traître est libéré et le silencieux écope d'une peine très lourde. La structure du jeu est telle que "trahir" est une stratégie strictement dominante pour chacun, ce qui conduit à l'équilibre (Trahir, Trahir), pourtant moins favorable pour les deux que (Se taire, Se taire). C'est l'illustration la plus pure du conflit entre rationalité individuelle et rationalité collective. 2.6.2. Application à l'oligopole : la guerre des prix en Côte d'IvoireConsidérons deux entreprises de télécommunications opérant en Côte d'Ivoire (Entreprise A et Entreprise B) qui se partagent une part dominante du marché. Elles ont le choix entre maintenir des prix élevés (Coopération tacite) ou casser les prix pour conquérir des parts de marché (Trahison). La matrice des gains (profits annuels exprimés en milliards de FCFA) se présente comme suit :
Lecture : le premier chiffre est le gain de l'Entreprise A, le second celui de l'Entreprise B. Analyse stratégique pour l'Entreprise A :
"Prix bas" est donc une stratégie strictement dominante pour A. Par symétrie, c'est également une stratégie strictement dominante pour B. L'unique équilibre de Nash du jeu est donc (Prix bas, Prix bas), avec des gains de (5, 5). Le dilemme. Le profil (Prix élevé, Prix élevé) procurerait pourtant (10, 10), c'est-à-dire un gain strictement supérieur pour chacun. Cette situation Pareto-supérieure est inaccessible précisément parce que chacun, agissant rationnellement et de manière non coopérative, dévie unilatéralement vers "Prix bas". C'est la raison économique profonde pour laquelle les autorités de la concurrence sont réticentes aux ententes (qui rétabliraient (10, 10) au détriment du consommateur, qui paie ici l'équivalent du surplus de profit), et pour laquelle les entreprises elles-mêmes peinent à coordonner leurs prix sans contrat exécutoire. 2.6.3. Autres applications du dilemme du prisonnierLa structure du dilemme du prisonnier se retrouve dans de très nombreuses situations économiques :
📌 À retenir
Le dilemme du prisonnier illustre le conflit entre rationalité individuelle et collective. Dans un jeu non coopératif, les joueurs adoptent une stratégie dominante qui conduit à un équilibre sous-optimal pour tous, alors qu'une coopération mutuelle serait préférable. Cette structure se retrouve dans la guerre des prix, les dépenses publicitaires, la course aux subventions et la gestion des ressources communes.
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Autoévaluation — Point VIQuestion 1. Dans le dilemme du prisonnier, l'équilibre de Nash est : ☐ A. (Se taire, Se taire) ☐ B. (Trahir, Trahir) ☐ C. (Trahir, Se taire) ☐ D. (Se taire, Trahir)
Réponse correcte : B
Explication : "Trahir" est une stratégie strictement dominante pour chaque joueur, donc l'équilibre de Nash est (Trahir, Trahir), même si (Se taire, Se taire) serait Pareto-supérieur. Question 2. Dans l'exemple de la guerre des prix en Côte d'Ivoire, l'équilibre de Nash est (Prix bas, Prix bas) car : ☐ A. Les entreprises préfèrent coopérer pour maximiser leurs profits. ☐ B. "Prix bas" est une stratégie strictement dominante pour chaque entreprise. ☐ C. Les autorités de la concurrence imposent les prix bas. ☐ D. Les consommateurs exigent des prix bas.
Réponse correcte : B
Explication : "Prix bas" est la meilleure réponse pour chaque entreprise, quelle que soit la stratégie de l'autre, ce qui en fait une stratégie strictement dominante. Question 3. Le dilemme du prisonnier ne s'applique pas à la situation suivante : ☐ A. Course aux dépenses publicitaires entre opérateurs téléphoniques. ☐ B. Sur-pêche dans une zone de pêche partagée. ☐ C. Monopole d'État sur la distribution d'eau potable. ☐ D. Surenchères salariales entre banques pour attirer les meilleurs talents.
Réponse correcte : C
Explication : Le monopole d'État n'implique pas d'interaction stratégique entre concurrents, contrairement aux autres situations qui présentent une structure de dilemme du prisonnier. VII Limites et extensionsLa théorie des jeux non coopératifs telle que présentée ici suppose un jeu unique et simultané. Trois extensions principales relativisent les conclusions du dilemme du prisonnier :
Ces extensions feront l'objet des leçons suivantes.
📌 À retenir
Les hypothèses de jeu unique et simultané peuvent être relâchées. Les jeux répétés permettent la coopération via des stratégies de représailles ; les jeux séquentiels analysent les engagements stratégiques ; les jeux en information incomplète intègrent l'incertitude sur les caractéristiques des adversaires.
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Autoévaluation — Point VIIQuestion 1. Dans les jeux répétés, la coopération peut être soutenue par : ☐ A. L'absence de communication entre les joueurs. ☐ B. Des stratégies de représailles comme le tit-for-tat. ☐ C. L'impossibilité de répéter le jeu. ☐ D. L'absence de stratégies dominantes.
Réponse correcte : B
Explication : Les stratégies de représailles, comme le tit-for-tat ("œil pour œil"), permettent de maintenir la coopération dans les jeux répétés en sanctionnant les déviations. Question 2. Le concept d'équilibre parfait en sous-jeux est utilisé dans le cadre : ☐ A. Des jeux simultanés. ☐ B. Des jeux séquentiels. ☐ C. Des jeux coopératifs. ☐ D. Des jeux à information complète uniquement.
Réponse correcte : B
Explication : L'équilibre parfait en sous-jeux est un concept utilisé pour les jeux séquentiels (représentation extensive), afin de garantir la crédibilité des engagements. Question 3. L'équilibre bayésien de Nash est utilisé lorsque : ☐ A. Les joueurs jouent simultanément. ☐ B. Les joueurs ont une information incomplète sur les caractéristiques des autres. ☐ C. Le jeu est répété un nombre infini de fois. ☐ D. Les joueurs peuvent conclure des contrats exécutoires.
Réponse correcte : B
Explication : L'équilibre bayésien de Nash, développé par Harsanyi, modélise les situations où les joueurs ne connaissent pas parfaitement les caractéristiques (coûts, préférences) de leurs adversaires. Synthèse du chapitre🧠 L’essentiel à retenir
Activité d’application
🎯 Consigne
Considérez deux brasseries en Côte d'Ivoire (Brasserie X et Brasserie Y) qui dominent le marché des bières. Chacune peut choisir entre une campagne publicitaire agressive ou une campagne publicitaire modérée. Les gains (profits en milliards de FCFA) sont les suivants :
Questions :
Corrigé : La stratégie dominante est "Agressive" pour chaque brasserie (18 > 12 si l'autre est modérée, 6 > 4 si l'autre est agressive). L'équilibre de Nash est (Agressive, Agressive) avec (6, 6). La situation (Modérée, Modérée) avec (12, 12) est Pareto-supérieure mais inaccessible sans coordination. La solution passe par un accord contraignant (jeu coopératif) ou par une répétition du jeu avec des stratégies de représailles.
💬 Question de réflexion
Comment les autorités de régulation (comme l'ARTCI en Côte d'Ivoire ou la Commission de la concurrence de l'UEMOA) peuvent-elles modifier la structure du jeu pour éviter l'équilibre sous-optimal du dilemme du prisonnier dans les secteurs stratégiques ? Quels instruments ont-elles à leur disposition pour favoriser la coopération entre entreprises sans nuire au bien-être des consommateurs ?
Références / Sources présentes dans le cours
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| Leçon 2: Application économique de la théorie des jeux | ||||||||||||||||||||
| Leçon 3 : Monopole et pouvoir de marché | ||||||||||||||||||||
| Leçon 4 : La concurrence oligopolistique | ||||||||||||||||||||
| Leçon 5 : La concurrence monopolistique | ||||||||||||||||||||
| Leçon 6 : Les biens collectifs et externalités |